Le succès… C’est quoi au juste? – partie 1

Il est désolant de constater qu’avant même de voir le travail réalisé, avant même de lire le texte que l’enfant a écrit, on regarde la note.

Mes élèves, des 5e année, sont en arts plastiques.
J’en profite pour préparer les examens qu’ils devront faire d’ici la fin de l’année.
60%! La dernière étape vaut 60% de la note finale.

Les écoles secondaires nous envoient leurs dépliants pour nous vanter leurs beaux programmes. Certaines viennent même dans nos classes pour faire vivre aux élèves ce que pourrait être le secondaire dans leur école. Heee! Le secondaire, c’est pas l’an prochain! C’est dans deux ans!

Les parents commencent à magasiner les écoles
Le stress commence… ça se sent et ça ne sent pas bon! Je trouve ça d’ailleurs bien triste. Excusez mes mots peut-être un peu durs, mais je ne crois pas que ce stress et l’anxiété créés par le choix des écoles devrait exister.

Mes élèves ont entre 10 et 12 ans.
Ils sont jeunes. Ils sont beaux. Pas besoin de ce stress pour leur avenir qui est encore bien loin. Ce n’est pas le choix de l’école secondaire qui dicte le choix d’une carrière ou qui fera en sorte que votre enfant deviendra une grande femme ou un grand homme.

Cela repose, à mon avis, sur la façon dont on fait vivre le primaire à votre enfant. Sa débrouillardise, son goût d’essayer, son désir d’apprendre, sa joie d’apprendre, sa façon de voir l’erreur et l’échec, sa façon de se voir, de s’apprécier, sont beaucoup plus importants que le choix de l’école.

Je veux que mes élèves vivent! Je veux que mes élèves aient du plaisir! Je veux que mes élèves découvrent le monde! Je veux que mes élèves réalisent leurs rêves. Mais je veux surtout que mes élèves ne se fassent pas dicter le chemin à prendre pour y arriver.

En tant qu’adultes, notre rôle est plutôt de les guider, de leur donner le goût de se lever le matin et surtout, de faire découvrir à ces jeunes leurs nombreux talents. Nous en avons tous. Mais combien d’entre nous avons développé réellement notre vrai talent?

Combien d’entre nous avons développé réellement notre plein potentiel?

“En tous les cas, ce n’est pas avec des notes comme ça que tu vas devenir écrivain! », dis une maman à son fils dyslexique à la première rencontre de bulletin.

« Oulala! Tu ne deviendras pas astronaute avec ces notes en maths! » dit un papa à sa fille qui a vraisemblablement beaucoup de difficultés en maths, mais qui travaille tellement fort!

(Attention! Je sais très bien que certains profs disent aussi des aberrations).

Quelles paroles blessantes!
C’est certain que l’on veut le meilleur pour nos enfants. C’est certain que l’on veut qu’ils soient “dans la moyenne”. Mais moi, j’aime les élèves comme ils sont.

Mon but? Les faire avancer, leur apprendre à se connaître, à s’accepter.

L’évaluation, les bulletins, les examens… “quossa donne”?
(en référence à ce merveilleux monologue d’Yvon Deschamps sur les unions).

L’autre jour, je demande à mes élèves de m’expliquer qui sont les Loyalistes. Un certain Nicolas lève la main. Je lui donne la parole et en moins de 4 minutes, il me fait un de ces résumés à tomber par terre.
Tout était parfait. Je dis donc à Annie, notre super stagiaire:

“Annie, a-t-on vraiment besoin de lui faire passer un examen papier?”

Évidemment que nous sommes obligés. Il faut garder des traces. Il faut des preuves.

Un élève vient me remettre son examen de maths.
Il n’y a pas beaucoup de traces.
Il a de bonnes réponses.
Sa démarche est un peu… “bordélique”, si vous me permettez l’expression.
Je l’invite donc à mon bureau en espérant qu’il pourra m’aider à trouver des traces.
Il doit me dire ce qu’il a fait car si je lui mets une note maintenant…

Il me raconte donc sa démarche. Il a fait quelques erreurs de calculs mais il a fait un excellent travail. 90%! Il a obtenu 90%. La façon dont il m’a raconté son histoire me prouve qu’il a compris et qu’il n’a pas pris ses réponses chez le voisin. Est-ce donc un “vrai 90%”? OUI!

Depuis plusieurs années, je me pose de sérieuses questions sur l’évaluation.
Sa place, la façon dont elle est faite, les différences entre les profs, etc.
Je vous conseille d’ailleurs de lire cet article paru dans le devoir le 4 juin.

Il est désolant de constater qu’avant même de voir le travail réalisé, avant même de lire le texte que l’enfant a écrit, on regarde la note.
Prenez quelques minutes pour vous demander ce qu’est le succès pour vous!
Est-ce qu’un enfant qui améliore ses notes de 5% a réussi?
Je vous invite à suivre ma réflexion, dans la 2e partie qui suivra bientôt!
Que de questions à poser, que de réponses à donner…!

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