Le poids du monde

Je le regarde jouer et rire dans son univers d’enfant sans se douter un instant qu’il vient d’ébranler mon univers de grand.

C’est une belle soirée. Tranquille.
J’ose un brin de zénitude.
Je respire. Je relaxe.
Un peu.
Enfin.

C’est le bonheur du grand air, du soleil et de la chaleur.
La liberté de pique-niquer et de récolter les sourires d’une agréable journée inachevée. C’est des petits amis qui courent sans fin, sans jamais penser à demain.

Entre deux enjambées arrive mon grand qui s’approche pour un peu d’eau.
Et puis il y a moi, qui le retiens pour un câlin:

  • Raphaël, tu sais comme je t’aime, hein, mon grand?
  • Ben oui: je l’ai toujours su maman!

Et c’est reparti pour la course, les rires et les cris avec les amis.

C’est tout.
Cinq petits mots soufflés entre deux gorgées d’eau.

Et moi, je reste là.
Immobile.
Sous le choc.

Je le regarde jouer et rire dans son univers d’enfant sans se douter un instant qu’il vient d’ébranler mon univers de grand.

Il l’a toujours su.

Et moi qui ne sais que douter…

Parce que je voudrais tellement faire mieux, mais que, bien souvent, je fais seulement du mieux que je peux.
Parce que je voudrais tellement être mieux, mais que je ne peux pas inventer une autre moi.
Parce que je voudrais effacer toutes ces fois où un simple “non” s’est transformé en ultime confrontation.
Parce que je voudrais oublier tous ces matins où je n’ai pas pu prendre le temps.
Parce que je voudrais n’avoir jamais crié.
Parce que je les aime. Du plus profond de mon âme.

Et ça, lui, il l’a toujours su.

Alors du coup,  je me dis qu’au fond, je suis peut-être une pas si pire maman…
Et que peut-être, aussi, je devrais apprendre à me lancer des fleurs pour ces petits “tout-ce-qui” qui font la beauté de la vie.

Pour ces soirées ciné collés-collés.
Pour ces muffins aux bananes un peu tout croches, mais tellement pleins d’amour.
Pour ces trois livres qu’on a lus ce soir avant le dodo.
Pour cette demi-heure de chatouilles improvisée.
Pour ces quelques mandalas colorés.
Pour cette randonnée de vélo en fin de journée.
Pour cette partie de “qui-fera-la-plus-grosse-bulle-de-savon-dans-le-bain”!

Je ne suis pas parfaite. Ni en tant que moi-même. Ni en tant que maman.
Ni en tant que “quoi que ce soit”.

Mais à travers les erreurs, au-delà de la culpabilité, j’ai compris qu’il n’y a rien de plus doux que de se pardonner.
Réellement. Entièrement. Profondément.
Se pardonner, c’est se décharger du poids du monde entier.

Se pardonner, c’est apprendre à s’aimer.

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